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Christine Crozat, Double

Caroline Joubert (extraits de Et à partir de là, édition Fage, 2010)


Dans le train à grande vitesse


Tout commence pour Christine Crozat dans le TGV qui relie Lyon et Paris. Par ce tout, entendons un ensemble de dessins réalisés depuis 1993, placé délibérément sous le double signe de la mobilité et de la légèreté.

Dans le train, Christine Crozat ne peut dessiner ce qu’elle voit, ni même ce qu’elle a vu, mais seulement ce qui reste de ce qu’elle a vu, soit une image furtive, décantée, une réminiscence. La mémoire, plus que jamais sélective, retient quelques fragments arrachés au temps : des meules de foin, une rangée de cyprès, les trajectoires de deux avions se croisant dans le ciel, des bribes visuelles qui ont survécu à l’oubli.


En marchant dans la ville


Ce n’est pas le mouvement en soi qui intéresse Christine Crozat mais bien la perception qu’elle a des choses et des lieux quand elle-même est en mouvement.

La marche, autant que le train, peut conduire l’oeil, par essence erratique, à se fixer sur un objet. Ainsi Christine Crozat marche, flâne, se presse, se perd, avec cette faculté de faire du trajet le plus banal et le plus prévisible une nouvelle expérience du regard. Elle aime marcher et professe un goût marqué pour les pieds et les chaussures.

La restitution sur le papier de ces fragments épars s’effectue sur un mode économe. Toute velléité de description est abandonnée au profit d’une notation graphique minimaliste. Les motifs ne sont pas seulement sortis de leur contexte, dénués de toute consistance, ils sont aussi nus et incomplets, donnant un sentiment de légèreté, d’apesanteur que l’emploi de papiers fins et transparents ne fait que redoubler. Leur disposition dans l’espace, loin d’être anodine, renvoie à la pratique du piéton déambulant dans une ville : le bibliobus, les graffiti souillant la porte d’un immeuble, la pendule du lycée et les oculi de la bourse du travail, les panneaux ou les quelques mots sur une affiche, aperçus en passant… L’approche objective de la réalité vient en quelque sorte contrebalancer la dimension subjective de l’interprétation graphique et des commentaires anecdotiques parfois ajoutés au bas des dessins.




Exposition du 14 janvier au 17 mars 2012. Espace arts plastiques – Maison du Peuple, 12 rue Eugène Peloux – 69200 Vénissieux. Tél. : +33 (0)4 72 21 44 44 ou 04 72 50 89 10. Ouverture du mercredi au samedi de 14h30 à 18h.



À propos de signalétique


L’idée d’une libre et capricieuse errance préside aux grands dessins entrepris depuis 2007 sur le thème de la signalétique urbaine. Et à partir de là est le titre générique choisi par Christine Crozat pour les réunir.

Elle va, et nous allons à sa suite, métro, des panneaux nous orientent, nous indiquent la voie, nous dévient, nous arrêtent parfois…Et à partir de là suggère un point de départ, mais ne dit rien de la destination finale, ni de la ville ainsi arpentée.

Pour autant Christine Crozat a fait moisson d’indications, d’avertissements, d’injonctions écrites. Elle a recueilli bon nombre de signaux, de figurines et de pictogrammes, séduite par leur intelligibilité, surprise aussi par leurs variations d’un pays à l’autre. En sémiologue experte, Christine Crozat s’empare de cette pluralité de signes, juxtaposant ou enchevêtrant les systèmes idéographique, pictographique et alphabétique, pour recomposer des parcours imaginaires.

Les dessins de Christine Crozat nous rendent plus attentifs et plus sensibles aux signes qui nous entourent. Négligeant leur signification première, nous sommes emportés à notre tour dans d’autres mondes, régis par une poésie paradoxale et le jeu de fécondes associations.


L’exposition est jumelée avec la Spirale, espace d’exposition du Toboggan, qui présente Christine Crozat du 11 février au 18 mars 2012.

Archives expositions personnelles France

  Christine Crozat, Double
  Maison du Peuple, Vénissieux
  14.01 - 17.03.2012

Archives expositions personnelles (C)